La récente alerte relayée par la presse sur le médicament nicorandil, utilisé dans le traitement de l’angine de poitrine, remet en lumière un acteur clé mais parfois méconnu du système de santé : la revue Prescrire.
Une revue indépendante au service des patients
Créée en 1981, Prescrire est une revue médicale française reconnue pour son indépendance totale vis-à-vis des laboratoires pharmaceutiques et des autorités sanitaires. Financée uniquement par ses abonnements, elle analyse les médicaments avec une exigence : privilégier l’intérêt des patients avant tout. (Wikipédia)
Son rôle ? Passer au crible les traitements disponibles, alerter sur les risques, et signaler les médicaments dont la balance bénéfices-risques est défavorable. Elle s’est déjà illustrée par le passé en dénonçant certains scandales sanitaires.
Le nicorandil dans le viseur depuis des années
Le nicorandil, prescrit contre l’angor (douleur thoracique liée au cœur), est dans le collimateur de la revue depuis longtemps. Dès les années 1990, des effets indésirables graves ont été signalés.
Aujourd’hui, les données s’accumulent : ulcérations sévères de la peau ou des muqueuses, complications digestives, et dans certains cas dramatiques… des perforations d’organes pouvant entraîner la mort. (Prescrire)
Une étude récente en France a recensé au moins 62 cas graves entre 2017 et 2024, dont plusieurs décès. (Prescrire)
Le problème majeur ? Ces complications peuvent apparaître tardivement et ne sont pas toujours immédiatement reliées au médicament, retardant son arrêt.
Un médicament jugé « plus dangereux qu’utile »
Pour Prescrire, le constat est clair :
- l’efficacité du nicorandil reste limitée, essentiellement symptomatique
- ses risques sont importants, parfois graves voire mortels
La revue recommande même depuis 2011 de ne plus utiliser ce médicament et propose des alternatives mieux connues et plus sûres. (Prescrire)
En mars 2026, elle est allée plus loin en demandant officiellement aux autorités sanitaires françaises le retrait du nicorandil du marché. (Prescrire)
Pourquoi ces alertes tardent-elles à être suivies ?
Malgré les mises en garde répétées, le médicament reste prescrit à des milliers de patients en France. Plusieurs facteurs expliquent cette situation :
- une inertie des autorités de santé
- une sous-déclaration des effets indésirables
- une connaissance encore insuffisante des risques par certains professionnels
Les autorités, comme l’ANSM, ont renforcé les informations de sécurité, mais sans retirer le médicament à ce jour.
Ce que les patients doivent retenir
Sans céder à l’inquiétude, quelques messages essentiels :
- ne jamais arrêter un traitement sans avis médical
- consulter en cas de symptômes inhabituels (plaies, douleurs digestives, amaigrissement, saignements…)
- dialoguer avec son médecin sur les alternatives possibles
Un rôle de « lanceur d’alerte » plus que jamais essentiel
L’affaire du nicorandil illustre l’importance d’une information médicale indépendante. En mettant en lumière des risques parfois sous-estimés, Prescrire contribue à améliorer la sécurité des patients — même si ses alertes mettent parfois des années à être pleinement entendues.