Et si une simple injection permettait demain de transformer les défenses naturelles du corps en armes ultra-ciblées contre le cancer ? C’est la piste très prometteuse explorée par le généticien français Justin Eyquem, installé en Californie, avec la prix Nobel de chimie Jennifer Doudna. Leur découverte pourrait simplifier et démocratiser une technologie déjà révolutionnaire : les thérapies CAR-T.
Les cellules CAR-T sont des lymphocytes – des cellules du système immunitaire – modifiés génétiquement pour reconnaître et détruire les cellules cancéreuses. Depuis une dizaine d’années, ces traitements ont permis des rémissions spectaculaires chez certains patients atteints de leucémies ou de lymphomes, parfois considérés comme incurables.
Mais aujourd’hui, ces thérapies restent complexes, longues et très coûteuses. Les cellules immunitaires doivent être prélevées chez le patient, modifiées dans un laboratoire spécialisé, puis réinjectées plusieurs jours plus tard. Ce processus sur mesure limite fortement l’accès au traitement.
La nouveauté mise au point par l’équipe franco-américaine change complètement l’approche : au lieu de modifier les cellules en laboratoire, les chercheurs injectent directement dans le sang les instructions génétiques nécessaires. Grâce à la technologie CRISPR – de véritables « ciseaux moléculaires » capables de modifier l’ADN –, les lymphocytes du patient sont transformés directement dans l’organisme en cellules anticancer.
Chez l’animal, les premiers résultats sont impressionnants : certaines leucémies, myélomes et même des tumeurs solides ont régressé après une seule injection. Les chercheurs espèrent désormais lancer des essais cliniques chez l’être humain d’ici 2027.
Au-delà du cancer, cette technologie pourrait aussi ouvrir des perspectives contre certaines maladies auto-immunes comme le lupus ou la sclérose en plaques.
Pour de nombreux spécialistes, cette avancée pourrait marquer une nouvelle étape majeure de l’immunothérapie : des traitements plus rapides, plus accessibles et potentiellement moins coûteux pour les patients.