Chaque année, la revue médicale indépendante Prescrire analyse en détail les médicaments commercialisés en France et en Europe. Objectif : repérer ceux qui sont plus dangereux qu’utiles, afin d’aider les professionnels et les patients à choisir les traitements offrant la meilleure balance bénéfices-risques.
Le bilan 2026, mis à jour fin 2025, recense 108 médicaments dont l’usage est déconseillé dans toutes les indications prévues dans leur autorisation de mise sur le marché. Parmi eux, 89 sont encore commercialisés en France.
**Comment Prescrire évalue un médicament ?
L’équipe analyse chaque médicament selon une méthode rigoureuse :
- recherches scientifiques approfondies ;
- comparaison avec les traitements de référence existants ;
- prise en compte des bénéfices cliniques réellement démontrés ;
- évaluation des effets indésirables, y compris rares mais graves ;
- hiérarchisation du niveau de preuves disponible.
Résultat : un classement objectif, indépendant de toute influence industrielle ou politique.
**Pourquoi certains médicaments sont-ils à écarter ?
Plusieurs cas de figure :
- efficacité insuffisante ou non prouvée ;
- risques disproportionnés par rapport aux bénéfices ;
- présence d’alternatives plus efficaces et mieux tolérées ;
- toxicités graves (cardiaques, hépatiques, neurologiques, etc.).
Parfois, surtout dans des maladies graves, ne pas prescrire de médicament ou privilégier les soins de soutien reste la meilleure option.
**Nouveaux médicaments ajoutés en 2025 au bilan 2026
Quatre médicaments rejoignent cette année la liste noire, pour manque d’efficacité ou risques disproportionnés.
- Andexanet alfa (Ondexxya°) Indiqué comme antidote des anticoagulants « xaban » lors d’hémorragies graves. Pas d’efficacité clinique prouvée et risque accru d’événements thromboemboliques (phlébite, AVC).
- Chondroïtine (Chondrosulf° ou autre) Utilisée dans l’arthrose. Aucune efficacité clinique démontrée et risques d’allergies parfois sévères.
- Fésilinéant (Veoza°) Traitement des bouffées de chaleur de la ménopause. Efficacité très modeste, mais hépatotoxicité, troubles digestifs, neuropsychiques et doute sur un risque accru de cancer.
- Géfapixant (Lyfnua°) Premier médicament autorisé pour la toux chronique résistante. Très peu efficace, et troubles du goût extrêmement fréquents, pneumonies, lithiases urinaires.
**Exemples marquants de médicaments déjà présents sur la liste
Voici quelques catégories régulièrement pointées par Prescrire.
➡️ Cardiologie
- Ivabradine (Procoralan°) : pas de bénéfice démontré sur l’angine de poitrine, risques cardiaques.
- Olmésartan (Alteis°, Olmetec°) : diarrhées chroniques sévères, pertes de poids, hépatites auto-immunes.
➡️ Douleur / Rhumatologie
- Diclofénac (Voltarène°) : risques cardiovasculaires plus élevés que d’autres anti-inflammatoires.
- Glucosamine, diacéréine, chondroïtine dans l’arthrose : efficacité nulle ou très faible, effets indésirables parfois graves.
- Capsaïcine en patch : brûlures et irritations importantes pour un effet minime.
➡️ Troubles digestifs
- Argiles (Smecta°, Gastropax°…) : contamination naturelle par le plomb.
- Dompéridone, métopimazine (Vogalène°) : troubles cardiaques graves, morts subites.
➡️ Neurologie
- Médicaments d’Alzheimer (donépézil, rivastigmine, mémantine) : bénéfices minimes, effets indésirables sévères, aucune efficacité sur la perte d’autonomie.
➡️ Dermatologie / Allergies
- Finastéride 1 mg / usage cutané (alopécie) : risks sexuels, psychiatriques, cancers du sein.
- Méquitazine (Primalan°) : troubles cardiaques, alors que d’autres antihistaminiques sont plus sûrs.
**Que retenir pour votre santé ?
- Un médicament n’est pas toujours synonyme de progrès.
- Prescrire met en lumière des traitements dont l’usage expose à des risques inutiles.
- Dans de nombreux cas, des alternatives plus sûres existent, parfois non médicamenteuses.
- En cas de doute, discutez toujours avec votre médecin ou votre pharmacien.
Pour découvrir l’ensemble de l’étude 2026, vous pouvez vous rendre sur le site de la revue Prescrire.